LA FETE DES MAMUTONES ET DES ISIADORES A Mamoiada, dans la barbaggia de la Sardaigne C'est le cœur le plus archaïque de l'Ile, mais là aussi tout tend à se niveler pour disparaître dans l'anonymat généralisé. Cette fête christianisée, mais toutefois païenne a lieu en janvier. C'est un rendez-vous annuel où les masques vivent à cette occasion, et une foule de fidèles Sardes y retrouve sa véritable identité. Deux types de masques vont s'exhiber : d'une part des masques noirs lourds, tragiques, mortels, illustrant la difficulté de l'existence sur des terres pierreuses, livrées aux seuls moutons et dont la misère est atavique. Ces masques passent de père en fils, liant les générations, par l'orgueil de perpétrer la Tradition. Outre le masque, les hommes portent sur le dos une trentaine de kilos de cloches de béliers. Leur démarche est solennelle et silencieuse, puis scandée par une série de sauts où le son assourdissant des cloches rappelle le glas. L'objectif est celui de chasser les esprits néfastes. Ce sont les Manutones, car ils sont aussi vêtus de peaux de moutons. Par contre, les Issiadori sont complètement à l'opposé : leur masque est blanc, lunaire, et leur costume féminin est dominé par le rouge. Seule les hommes peuvent les endosser. Ils ont un lasso en main pour attraper les brebis récalcitrantes, pour la fête, ils les lancent pour attraper les jolies filles. Ils courent, tourbillonnent, sautant joyeux, dynamiques, blagueurs. Les cortèges sont fait de l'union des opposés en harmonie, qui se retrouveront autour des feux particulièrement étudiés pour durer deux jours et deux nuits. Chaque village accueille ainsi ses bergers isolés dans les montagnes. C'est une occasion pour se sentir unis dans l'abondance du vin, des pâtisseries et du " porcedu ". On y chante, on y danse, on se raconte. On y sent encore l'hospitalité naturelle d'une Sardaigne plus authentique, liée à ses origines, mais aussi très fragile.
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